La révolution sera féministe ou ne sera pas !

Echos de l’Assemblée des femmes du FSM de Tunis

Marche Mondiale des FemmesEn hommage aux femmes révolutionnaires du monde arabe, le FSM s’est ouvert ce 26 mars 2013 par l’Assemblée des femmes. L’amphithéâtre qui les accueillait n’avait pas assez d’espace pour contenir l’énergie de toutes ces femmes et hommes venant des quatre coins du monde. Plus de 3000 personnes y ont exprimé leurs revendications, mobilisations et enthousiasme. Des drapeaux, des pancartes, des foulards mais aussi de nombreux t-shirts emplis de couleurs laissaient présager de la multiplicité des luttes menées par toutes ces femmes réunies ce matin-là à Tunis.

Lire la suite

«Les Tunisiens ont donné l’espoir qu’un changement est possible…»

Article du journal La Presse du 3 avril 2013

FSM-Tunis 2013 — Des invités livrent leurs impressions

65083

Au terme de ses assises, étalées sur une semaine bien chargée, le Forum socialAu terme de ses assises, étalées sur une semaine bien chargée, le Forum social mondial (FSM) de Tunis, dans sa 12e édition, vient de révéler ses secrets et rendre compte d’une réalité unanimement admise : l’initiative tunisienne d’organiser un tel évènement de grande envergure est aussi salutaire que considérable. D’autant plus que le succès de ce FSM 2013 a bel et bien suscité un large écho favorable. Ce témoignage fort expressif n’a pas émané de l’intérieur du pays, mais plutôt de ses hôtes, venus de tous bords, prendre une position commune contre le capitalisme sauvage et ses effets pervers sur l’humanité tout entière. Un flux massif d’invités qui se sont retrouvés pour la première fois sur une terre arabo-musulmane, celle d’une Tunisie post-révolutionnaire et trois fois millénaire. Ceux-ci ont librement agi et réagi au pluriel et en toute diversité communautaire, sans qu’un seul imprévu de n’importe quel ordre ne survienne. Tout s’est passé dans la joie et la sécurité totale. Ce sont là les révélations les plus saillantes et les impressions profondément ressenties que les protagonistes altermondialistes ont fini par livrer ouvertement au cours d’une conférence de presse tenue, avant-hier matin, à Tunis, par le comité d’organisation du FSM 2013, sous la présidence de M. Moheddine Cherbib.
Les témoins des faits sont, d’ailleurs, les pères fondateurs du forum dans son processus planétaire, sa continuité dans l’espace et dans le temps. A chacun sa propre vision du monde, de l’autre monde possible dont il vient façonner les contours depuis la Tunisie. Ce pays, où tout le monde avait les yeux rivés sur ce qui pourrait se passer comme incident inattendu, en marge du grand meeting, a fait preuve, aux dires de ses invités, de convivialité, de sécurité et d’hospitalité remarquables. Au départ, personne n’a eu la moindre confiance que cette manifestation aussi grandiose aura la chance de réussir. Les craintes d’insécurité se sont emparées de tout espoir d’aboutissement.

Lire la suite

Déclaration Protection sociale de Tunis

FSM 2013 au campus d'Al ManarLes participants réunis dans le cadre de l’assemblée de convergence sur la protection sociale, à Tunis le 30 mars 2013

Après avoir revu les développements sur le plan international à partir de Porto Alegre et les divers forums sur la santé et la protection sociale et sur les impacts des politiques néolibérales pour l’accès à la protection sociale et aux services de santé

Après avoir examiné les initiatives prises par les organisations du système des Nations Unies et par certaines institutions internationales et régionales, politiques et financières en matière de l’accès universel aux services sociaux et en matière du socle de protection sociale,

Lire la suite

FSM Tunis : Déclaration de l’Assemblée dette réunie à Tunis le 29 mars 2013

Stand d'Attac au FSMConsidérant que la dette a été, depuis le XVème siècle, l’instrument historique principal de la colonisation pour spolier, dominer, soumettre, humilier et détruire les peuples et leurs traditions,

Considérant que la dette du Sud a déjà été remboursée plusieurs fois et qu’elle constitue, au Sud comme au Nord, un puissant transfert de richesses du travail et vers le capital,
Considérant que la dette est également le levier fondamental de l’ingérence étrangère et des puissances financières avec la complicité des élites au pouvoir, du viol de la souveraineté des pays, de l’appauvrissement généralisé des peuples et de la régression brutale de leurs droits économiques et sociaux,

Lire la suite

Appropriation sociale et autogestion

A l’initiative de Rouge & Vert (Les Alternatifs), de l’Association pour l’Autogestion (ApA) et de Transform, des ateliers autogérés sur l’autogestion avaient été proposés dès le mois de novembre 2012 en vue de la programmation des activités du FSM de Tunis. Au cours du processus d’agglutination, les trois organisations se sont accordées pour regrouper leur proposition et co-animer ensemble un atelier. La précédente activité sur l’autogestion impulsée notamment par les Alternatifs dans le cadre d’un forum social remontait à 2005 lors du forum social méditerranéen à Barcelone. D’une manière générale, hormis quelques ateliers à Porto Alegre animés par les argentins et les brésiliens en 2003, 2005 et 2006, la question de l’appropriation sociale a été peu présente dans le cadre des forums sociaux mondiaux depuis leur origine. En Europe, l’ampleur de la crise, les politiques d’austérité et les suppressions massives d’emplois dans l’Etat espagnol, en France, en Grèce et au Portugal reposent avec acuité la question de l’appropriation sociale et la récupération par les travailleurs et travailleuses des entreprises qui ferment et plus largement celles de nouvelles pratiques autogestionnaires.

Lire la suite

Un forum dynamique en solidarité avec le processus révolutionnaire tunisien

logo du FSM2013 à TunisLe FSM qui s’est tenu à Tunis du 26 au 30 mars 2013 a été incontestablement un succès, malgré le défi que cela représentait dans le contexte politique actuel deux ans après la révolution du 14 janvier 2011 et la continuation du processus révolutionnaire. La réussite de ce FSM tient autant à l’organisation, qu’à la participation, qu’aux contenus et aux enjeux pour les mouvements sociaux, la population tunisienne et plus largement le monde arabe.

Après les difficultés rencontrées au FSM de Dakar, Tunis est une très bonne édition. Il faut saluer le travail de préparation du comité international et tout particulièrement du comité tunisien qui a permis lors de rencontres régulières (Monastir et Hammamet) de planifier correctement les enregistrements des organisations, des participant-e-s, des ateliers et de leur agrégation. Au total, ce sont 962 ateliers, après agrégations, qui ont été proposés sur tout le campus de l’université El Manar, université symbolique des mouvements étudiants en Tunisie. Les débats se tenaient sur 6 grandes zones réparties par grandes thématiques. Il convient de souligner la publication du programme définitif deux semaines avant le début du forum, programme que l’on pouvait retirer avec les accréditations quatre jours avant le début. De nombreuses banderoles souhaitant la bienvenue aux participant-e-s du FSM ornaient les principales avenues. Dans la ville, l’accueil de la population tunisienne a été très chaleureux et beaucoup exprimaient leur agréable surprise de voir autant de militant-e-s altermondialistes en les interpellant facilement avec un réel désir d’échanges, ce qui n’aurait pas été envisageable sous Ben Ali. Indéniablement, la « révolution de la dignité » aura permis de libérer la parole et de poser avec acuité la question des droits démocratiques. Il convient de souligner une couverture médiatique correcte dans la presse et les télévisions tunisiennes.

Lire la suite

Palestine, Constructions à gauche, Education et grands projets inutiles et imposés

Marche de solidarité avec le peuple palestinien

P1040698Le 30 mars, dernier jour du Forum, a été organisé, dans le cadre de la journée de la Terre, une manifestation de soutien et de solidarité avec la Palestine regroupant une dizaine de milliers de manifestant-e-s, chiffre important selon la presse locale. Les tunisien-ne-s comme l’ensemble des peuples arabes sont particulièrement sensibles à la cause palestinienne et solidaires de son combat. Pas seulement en paroles mais en actes, Tunis ayant été le refuge de Yasser Arafat et de la direction de l’OLP pendant plusieurs années. Ceci s’est manifesté par le nombre important de réunions et de manifestations organisées sur ce sujet pendant toute la durée du Forum.

Le parcours de cette manifestation reliant la place du 14 janvier, date de la chute de Ben Ali, à l’ambassade de Palestine était un symbole de la solidarité qui doit se manifester entre la révolution tunisienne et la cause palestinienne. Étaient présent-e-s à cette manifestation des participant-e-s au Forum venant tant de Tunisie que du monde entier mais aussi des nombreux tunisien-ne-s ne travaillant pas ce jour de congé. On pouvait compter des délégations étrangères plus ou moins nombreuses et bariolées, de multiples drapeaux palestiniens mais aussi deux ou trois drapeaux rouges avec la faucille et le marteau. Et même un drapeau du Québec et une banderole d’une association haïtienne.

Bien sur étaient présents de nombreux cortèges d’organisation tunisienne dont celui du Front Populaire et d’autres pays arabes : Maroc, Syrie, Algérie, Libye. Pour l’Europe, un fort cortège italien avec des banderoles et drapeaux des COBAS, ARCI et Ya Basta ! Les organisations françaises constituaient sans doute le contingent le plus important et les drapeaux des Alternatifs étaient comme lors de la manifestation d’ouverture bien présents. Participaient en nombre des manifestant-e-s d’ATTAC, de la Marche Mondiale des Femmes, de Solidaires et aussi du Mouvement de la Paix.

Henri Mermé

Nouvelles constructions à gauche

« Les nouvelles constructions à gauche pour dépasser le fractionnement » : l’atelier proposé par Transform ! et Espace Marx a tenu ses promesses malgré l’absence dommageable de dernières minutes du Front Populaire de Tunisie pourtant annoncé.

Cet atelier a d’abord été l’occasion pour Theano Fotiou, députée de Syriza, d’évoquer la situation dramatique de la Grèce, les récentes grèves dans ce pays dont la Troïka a programmé la destruction, mise en œuvre par la politique d’hyper-austérité de la coalition de la Nouvelle Droite, du PASOK et de DIMAR (Gauche Démocrate). Les propositions alternatives de Syriza, notamment sur sa conception du traitement de la dette et son rôle d’opposition au parlement et au mémorandum, ont été mentionnées. En tant qu’alliance de la gauche radicale dont le KKE (PC orthodoxe) et l’essentiel de l’extrême gauche trotskiste restent à l’écart, Syriza incarne à l’échelle de masse les résistances et l’alternative, défend et favorise les pratiques alternatives de celles et de ceux qui, dans les décombres, reconstituent les circuits d’échanges et de solidarité et tentent d’inventer les réponses pratiques de résistances à l’hyper-austérité.

Babacar Diop, membre du Forum social africain, a évoqué la situation au Sénégal en insistant sur la dynamique d’une coalition rassemblant toute la palette des forces de gauche de son pays.

Ce fut au tour de Pierre Laurent, en tant que président du Parti de la gauche européenne (PGE – rassemble une partie des forces de gauche des différents pays d’Europe et plusieurs composantes du Front de Gauche en France) de prendre la parole. Il a d’abord rappelé l’ampleur des mutations à l’échelle planétaire des trente dernières années et signalé l’importance nouvelle de l’écologie dans les défis du XXIème siècle, avant d’insister sur la nécessité de repérer les nouveaux problèmes, de réfléchir à de nouvelles réponses et d’élargir les alliances susceptibles de proposer ces nouvelles réponses, au-delà des seules forces du PGE. Celui qui est aussi le secrétaire du PCF a saisi l’occasion de rappeler la brève histoire du Front de Gauche : celui est présenté comme la réponse unitaire à la nécessité de donner un prolongement politique à la victoire du Front de Gauche contre le projet de TCE en 2005. Pierre Laurent a insisté sur le fait que la dynamique du Front de Gauche implique à la fois pluralisme et ouverture de sa part, rappelant que ce dernier n’est pas un parti et précisant le passage de trois composantes originelles à neuf aujourd’hui. Enfin, Pierre Laurent a annoncé le projet du PGE de mettre sur pied un forum des alternatives à l’échelle européenne et de renforcer sa coopération avec le Forum de Sao Paulo (organe de liaison des différentes composantes de la gauche Indo-Afro-Latino-Américaine).

Ensuite ce fut Obey Ament (Espace Marx Amérique Latine) qui évoqua les liens existants entre les différentes forces politiques de la gauche latino-américaine raccordés au contexte politique globale de cette région du monde marquée par de profonds changements depuis près de deux décennies.

Enfin, pour le rendez-vous d’Athènes les 7 et 8 juin, Walter Baier (Transform!) a rappelé la démarche et l’objectif de l’Alter Summit. Ce processus est conduit par les mouvements sociaux et les forces syndicales avec le soutien des forces politiques dont le PGE.

Un rendez-vous qui a donné l’occasion d’un débat avec la salle, avec des questions portant notamment sur l’Alter Summit, les projets annoncés par Pierre Laurent et le devenir en question du Forum Social Européen.

Bruno Della Sudda

École et émancipation : enjeux et perspectives

Les Alternatifs organisaient vendredi 29 mars un atelier intitulé « école et émancipation » avec pour objectif de réfléchir collectivement à la problématique suivante : quelle éducation et quel système éducatif pour quelle émancipation ?

Dans son introduction, Bruno Della Sudda, qui intervenait au nom de la commission éducation, a immédiatement précisé qu’il y a pour les Alternatifs un lien entre la conception de la transformation de l’école et leur projet d’émancipation et de société basé sur les solidarités, l’écologie, le féminisme et l’autogestion ainsi que sur une démarche altermondialiste. Il a ensuite replacé le débat dans le contexte des défis fondamentaux auxquels la jeunesse d’aujourd’hui sera confrontée tout au long du XXIème siècle : défis écologique, énergétique, alimentaire, économique et démocratique. Face à cela il est nécessaire de défendre le service public d’éducation contre les attaques du capitalisme qui cherche à l’affaiblir et à y faire rentrer la logique de la concurrence et du marché mais il faut aussi être force de proposition pour transformer l’école dans une perspective émancipatrice et autogestionnaire.

Cela nécessite une refonte complète du système éducatif qui articule plusieurs dimensions : changement radical des contenus dans un objectif de polyvalence maximale et de refus de la spécialisation et de l’orientation précoce des élèves ; changement radical de méthodes en donnant la priorité au travail en équipe aussi bien pour les élèves que pour les enseignant-e-s ; transformation radicale des structures et des statuts en donnant de véritables droits aux jeunes et en refusant la dégradation du statut d’enseignant tout en redonnant le pouvoir aux équipes pédagogiques en alternative au fonctionnement hiérarchique actuel. Un tel projet peut et doit s’amorcer dès aujourd’hui mais il ne pourra s’épanouir dans le contexte d’austérité que l’on connaît aujourd’hui : l’éducation se doit d’être une priorité budgétaire.

Cette introduction a été suivie d’une intervention de Pedro Mesas, camarade de « Los Alternativos » de l’Etat espagnol, qui a témoigné des attaques répétées que subit l’éducation publique depuis plusieurs années. Il a réaffirmé la nécessité de lutter contre ces attaques mais aussi de l’appropriation autogestionnaire du système éducatif, faisant la différence école publique et école d’état.

S’en est suivi un débat très riche avec des enseignant-e-s, des syndicalistes et des militant-e-s politiques de Tunisie, bien évidemment, mais aussi d’Egypte, du Québec et de France. Chacun-e a pu témoigner des luttes en cours pour défendre le système public d’éducation contre l’austérité (luttes contre les coupes budgétaires en Tunisie ou « printemps érable » au Québec) tout en insistant sur l’importance de sortir l’éducation de la logique capitaliste. Enfin, une école émancipatrice ne pourra se faire sans une lutte pour une réelle égalité filles/garçons dans l’éducation : on en est encore loin !

Arthur Leduc

Les Grands Projets Inutiles et Imposés

Au cours du FSM de Tunis, plusieurs ateliers se sont tenus sur le thème des Grands Projets Inutiles et Imposés (GPII).

Dans le prolongement de la charte d’Hendaye de 2010, une déclaration finale appelée « Charte de Tunis » a conclu les travaux de ce forum (1). Sur cette thématique se sont déjà tenus deux forums dans le Val de Susa en Italie et à Notre Dame des Landes en 2012. Ils seront suivis cet été par un 3ème forum européen qui se tiendra à Stuttgart en Allemagne, lieu emblématique de la lutte contre les GPII (Stuttgart 21 – Rénovation du quartier de la gare).

Ces grands projets servent et permettent la redistribution des deniers publics dans quelques poches du privé. Ils sont sans utilité pour les populations et ont des conséquences catastrophiques d’un point de vue écologique. Par ailleurs, ils garantissent des super profits aux groupes industriels et bancaires, contraires à l’intérêt public, et tout ceci est imposé par des méthodes mensongères appuyées par des interventions brutales des forces de l’ordre, criminalisant le mouvement social, les citoyens qui se battent contre ces projets.

(1) La charte sera publiée dans le numéro spécial de Rouge et Vert.

Roland Mérieux

Déclaration de l’Assemblée des mouvements sociaux – Forum social mondial 2013 – Tunisie, 29 mars

Ass de femmes_792632013Nous, réunies et réunis lors de l’Assemblée des mouvements sociaux du Forum social mondial 2013 à Tunis affirmons l’apport capital des peuples du Maghreb-Machrek (du Nord d’Afrique jusqu’au Moyen Orient) dans la construction de la civilisation humaine. Nous affirmons que la décolonisation des peuples opprimés reste pour nous, mouvements sociaux du monde entier, un grand défi à relever.

Lire la suite

Tunis : un Forum dynamique et chaleureux

P1040700Le Forum Social Mondial de Tunis a été marqué par une participation extrêmement nombreuse de militantes et de militants venant des quatre coins du monde. Ce sont plus de 60000 personnes qui se sont croisées, ont discuté et participé à de nombreux débats formels et informels. L’organisation a été des plus performantes compte tenu des difficultés inhérentes à ce type de manifestation de masse.

P1040704Mais le plus enthousiasmant a été sans doute l’atmosphère chaleureuse, sympathique et bienveillante qui régnait parmi les participant-e-s. Dans les travées du vaste campus El Manar, était installé un grand nombre de stands d’organisations les plus diverses sans compter quelques installations « clandestines ». Les espaces de restauration étaient pris d’assaut et ont permis beaucoup d’échanges dans la bonne humeur. Les trois jours du Forum ont été marqués par de nombreuses animations culturelles et musicales ainsi que par des manifestations. Et le soir, des concerts se déroulaient sur le campus comme en plein cœur de Tunis.

La ville de Tunis était ornée de pancartes souhaitant la bienvenue dans toutes les langues aux altermondialistes et le centre ville animé par une ambiance festive. Enfin, la population tunisienne, dans l’ambiance créée par la révolution, était avide de discussions sur le FSM et l’avenir de la Tunisie.

Henri Mermé et Arthur Leduc

LIBYE : UNE SITUATION EN COURS D’AMÉLIORATION

Pour la première fois, une délégation associative libyenne participait à un FSM. Composée de 10 femmes et 8 hommes, elle a organisé plusieurs ateliers. Dans les deux ateliers auxquels j’ai participé, la volonté d’ouverture à l’autre s’est manifestée de manière très claire : après 42 années de dictature et une guerre civile, les Libyens ont envie de contacts et d’informer sur la situation dans leur pays.

Le processus révolutionnaire libyen n’est pas terminé : une assemblée (le Congrès général libyen) a bien été élue en 2012. La question de la constitution reste pendante ; elle doit être rédigée par une commission particulière qui, à l’origine, devait comprendre 60 membres (représentant à parité chacune des trois provinces libyennes : Tripolitaine, Cyrénaïque et Fezzan), mais les débats pour sa composition restent vifs, ainsi qu’en témoignent le fait qu’elle ne soit toujours pas formée et que le nombre de ses membres devrait être porté à 80. La période de transition risque donc de devoir durer de nombreux mois.

La question sécuritaire, 1 an ½ après le lynchage de Mohamed Kadhafi, est loin d’être réglée : si certaines milices ont été intégrées à l’armée ou à la police et si certains miliciens ont accepté d’être désarmés pour pouvoir intégrer la fonction publique, d’autres continuent leur activité sans tenir compte du pouvoir central, voire le défient. Les fractures de la société libyenne restent importantes ainsi qu’en témoigne le cas de Tawargha , petite ville au sud de Misratah, dont les habitants ont été chassés par les milices de Misratah pour avoir collaboré avec Mouamar Kadhafi et ne peuvent pas rentrer dans leur ville pour la reconstruire. Or, il y va de la responsabilité du gouvernement libyen de permettre ce retour de la population de Tawargha de rentrer dans sa ville.

La justice est défaillante. Le système judiciaire kadhafien n’existe plus et, pour l’instant, aucune justice transitionnelle n’a été mise en place. Les arrestations arbitraires ont été particulièrement nombreuses depuis la chute de Kadhafi, souvent suivies de tortures et parfois d’exécutions sommaires. De nombreuses milices disposaient, et disposent parfois encore, de centres d’interrogatoires et d’emprisonnement où le respect des droits de l’homme n’est qu’une question très secondaire. Aujourd’hui, une partie de ces centres est sous le contrôle – direct ou indirect – du gouvernement, ce qui a entrainé une baisse des exactions, mais la possibilité de sanctionner les miliciens responsables – qui bien souvent ne sont pas identifiés – reste aujourd’hui tout à fait théorique. Le gouvernement libyen s’est engagé à respecter les droits de l’homme, mais la culture des droits de l’homme n’existe pas en Libye et le pouvoir du gouvernement central reste limité : on peut craindre que cette déclaration ne reste qu’un vœu pieux tant que le gouvernement libyen ne contrôlera pas mieux son immense territoire et n’aura pas réglé la question des milices.

La place des femmes dans la société libyenne est en question. Certes, elles ont 33 élues au congrès, mais elles ont été élues parmi les 80 députés au scrutin de liste où la parité était obligatoire ; certes, elles ont eu quelques présidences de commission au congrès, mais certains députés contestent leur présence, voire s’absentent quand elles prennent la parole… Cette attitude a mené à des protestations dans la rue. Au plan économique, il y a des femmes d’affaires, des ingénieures, des avocates, des architectes, des commerçantes… mais elles sont peu nombreuses et parfois mal acceptées : c’est ainsi que dans le domaine des affaires, il existe un « conseil des hommes d’affaires » où ces messieurs tolèrent la présence de quelques femmes. L’espoir pour les femmes libyennes semble être la société civile où elles sont actives dans de nombreuses associations. Mais les femmes libyennes présentes au FSM ont souligné la mentalité rétrograde de l’homme libyen, mentalité qui ne serait pas liée à la religion. Ainsi, le chemin de l’émancipation pour les femmes libyennes semble encore long.

Jacques Fontaine